Entre fiction et réalité : s’initier au web-documentaire

Rappel du défi/projet : en deux mois, je dois écrire le scénario et proposer les mécaniques de gamification d’un web-documentaire complet. Le sujet ? Une réserve naturelle des Pyrénées Orientales où les cycles naturels sont respectés et étudiés par un laboratoire scientifique. Parce que je n’ai jamais réalisé de web-documentaire auparavant, attendez-vous à un article qui reprend les bases de la discipline et qui tâtonne à la recherche d’une formule qui fonctionne. Pour commencer, posons-nous une question simple. D’apparence du moins.

Pour la version longue, c’est ici.

Qu’est-ce qu’un web-documentaire ?

Pour y répondre, je me suis tournée vers Internet et la liste longue comme le bras des référents qui s’expriment sur le sujet. Là, j’ai découvert que les avis variaient et qu’il était difficile de mettre des mots sur un support aussi diversifié. Situé à la croisée des chemins entre le jeux vidéo, le récit de fiction et la médiation culturelle, le web-documentaire sème le trouble. Toutefois, et c’est finalement Wikipédia qui la résume le mieux, une structure commune existe :

Le web-documentaire est un documentaire conçu pour être interactif – en associant texte, photos, vidéos, sons et animations – et produit pour être diffusé sur le Web.

Sobre, mais efficace. À partir de cette définition, on peut facilement imaginer une personne, devant son ordinateur ou sur sa tablette, cliquer d’une vidéo vers un diaporama pour en revenir à l’écran titre. Un fond sonore accompagne le visuel pour servir un sujet bien précis comme une barre d’immeuble et de ses habitants, des victimes du changement climatique ou une journée dans la vie d’un député.

Ce mode d’exploration d’une thématique emprunte beaucoup à la navigation sur Internet et, tout comme un site peut se démarquer des autres par une présentation originale, les webdocs offrent des expériences très variées.

Au-delà des procédés interactifs et de l’utilisation d’un contenu multimédia, ce qui permet à un webdoc de se distinguer d’un autre, à mon sens, repose sur les choix de narration.

Le pouvoir de la narration

Qui est le narrateur ? Que raconte-t-il ? Comment ? Quels sont les enjeux de son récit ?

En naviguant sur des webdocs comme Hand Made Stories, À l’abri de rien ou Stainbeaupays, vous vous rendrez compte que les gestes à effectuer varient de l’un à l’autre, que l’affichage n’est pas le même, mais, aussi, le ton et le point de vue du narrateur s’adaptent en fonction du thème abordé.

Dans le cas de Hand Made Stories, le narrateur est placé en retrait pour laisser les femmes et leurs savoirs-faire au premier plan. En dehors d’une phrase d’introduction, écrite et sobre, seules les artisanes parlent, la caméra est braquée sur elles et jamais on n’entend ou ne voit une autre personne. Ce qui a pour effet de nous propulser au plus près de ces mains qui s’agitent et qui créent.

Dans Histoires de cabine, le personnage principal s’adresse directement au spectateur. Il le guide de ses remarques humoristiques au fil des catégories et l’interpelle régulièrement. Le lien tissé porte sur la nostalgie, ce qui permet une implication émotionnelle forte de la part du spectateur.

Ces éléments de narration, choisis par l’auteur en lien avec l’équipe du projet, ne sont pas anodins : ils accompagnent le spectateur dans une direction donnée, celle du récit.

En effet, et c’est un point qu’il faut garder continuellement à l’esprit, au-delà des possibilités offertes par le support Web, un web-documentaire reste un documentaire.

La posture de l’auteur

Ce phénomène ne m’est apparu clairement qu’après la lecture d’un article de Benjamin Hoguet, auteur d’un blog et d’ouvrages portant sur les nouvelles formes de la narration interactive. Dans son article sur les documentaires hybrides, il affirme que :

Derrière la variété croissante des formats autorisés par l’avènement du numérique, la posture du créateur documentaire reste inchangée : porter un regard sur le réel et développer un propos engagé pour ceux et celles qui ont besoin de l’entendre.

En tant qu’auteure, il me revient donc, à la façon d’un journaliste ou d’un romancier, de cibler le public à qui je m’adresse, et de lui envoyer un message cohérent et engagé. Ce travail doit se faire en lien étroit avec l’équipe qui porte le projet afin de respecter ses impératifs, mais aussi en pleine conscience du contexte dans lequel j’interviens.

Il s’agit de connaître le contexte de cette forêt avant d’en raconter l’histoire, mais pas seulement.

La mission de l’auteur est de rendre une réalité accessible à des personnes qui en sont pourtant éloignées.

Dans le cas de la forêt de la Massane, cet éloignement est double : il est physique puisque la forêt se trouve en haut d’un massif éloigné de tout, et émotionnel dans la mesure où les êtres humains vivent en majorité dans une ville. Un bon webdoc comblera ces deux fossés.

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Créer un web-documentaire revient à rapprocher deux univers : celui du spectateur et celui du sujet traité. De la même façon que Alma, une enfant de la violence nous met yeux dans les yeux avec la réalité des gangs au Guatemala, il me faut initier un face à face entre ceux qui ne savent rien de la nature et la forêt de la Massane.

Sous cet angle, le web-documentaire apparait comme un format empruntant à l’interactivité, à la narration et au multimédia leurs atouts pour provoquer l’empathie du spectateur pour le sujet abordé.

Quelques liens pour aller plus loin :

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